RENCONTRE
Nous avons interrogé Thierry SAINTOT, notre plus fidèle abonné, qui vient de faire publier son second roman La Maison de Miranda, paru aux Éditions ABM (une petite maison d’édition). Nous avons voulu en savoir plus sur l’auteur et sur son œuvre.
LES SERVITEURS D'APOLLON
Vous venez de sortir votre second roman La Maison de Miranda, avez-vous toujours eu cette vocation d’écrivain ?
THIERRY SAINTOT
La vocation, certainement enfouie ! Par contre l’envie d’écrire m’a prise très jeune. Avant de commencer à écrire mes propres créations, je passais des heures à recopier des chapitres entiers de mes livres préférés pour le simple plaisir de « l’acte d’écriture » Par la suite, mes premières satisfactions furent mes rédactions d’écolier.
L.S.A:
Pour votre premier roman, Accès Interdit, qu’est-ce qui vous a poussé à vous auto publier ?T.S:
C’est la conjonction de multiples facteurs. Tout d’abord, la découverte du monde des éditeurs « dits traditionnels », je veux dire des éditeurs « à compte d’éditeur ». Ces maisons, aussi respectables soient-elles, ne publient que des auteurs phares, portés par des écrivains qui émanent pour la plupart du show-biz, de la politique ou du journalisme.
Les autres publications qui émanent de chez ces éditeurs , les romanciers, les nouvellistes et les œuvres de littérature reposent sur un panel d’écrivains célèbres ou reconnus qui assurent des ventes à coup sûr, appuyés par l’artillerie promotionnelle que tout le monde connaît. Je compris rapidement que ces grands éditeurs étaient avant tout des industriels du livre pour lesquels le profit potentiel passait avant la qualité de votre texte. Les réponses stéréotypées à mes envois de manuscrits me laissèrent amer et frustré. Je me tournai alors vers les éditeurs modestes, fonctionnant aussi à compte d’éditeur. Ils sont justement « étouffés » par les grandes maisons et hésitent avec leurs petits moyens à miser sur un inconnu et davantage encore sur un premier roman. Par contre, leur passion pour le livre est réelle et ces maisons vous répondent très souvent par un courrier personnalisé, avec des commentaires sur votre manuscrit, parfois même avec une fiche de lecture.
J’eus à faire également à plusieurs marchands de rêves, qui vous font miroiter une publication confortable, que votre talent doit être exploité, etc. Ces faux éditeurs « à compte d’auteur » sont quasiment tous des voleurs et profitent de la naïveté des jeunes auteurs et de leur désir de publier pour leur soutirer des sommes astronomiques. Ils vous proposent des contrats bidons, sans valeur juridique mais dans lequel vous vous engagez à payer, promouvoir, distribuer… Il faut considérer ces gens comme de simples façonniers mercantiles… et je resterai poli !
C’est à l’issue de ces expériences successives, soutenu par ma compagne Corinne, et mon souhait d’être lu, que je décide de passer du statut d’auteur à celui de micro éditeur. Ce fut très enrichissant et je suis fier d’avoir mené ce projet à terme. L’accueil des lecteurs a témoigné en ma faveur et a renforcé ma motivation pour la suite.
L.S.A:
Cela fait combien de temps que vous écrivez ?
T.S:
J’ai toujours écrit, avec cependant des périodes « d’abstinence », si j’ose dire, plus ou moins longues et cela en fonction des événements personnels et professionnels qui m’ont touchés pendant ou hors de ces périodes. Adolescent puis jeune adulte, je m’amusais à rédiger des historiettes et quelque poésies… un peu maladroites, je l’avoue. Maintenant et depuis l’an 2000, année où j’ai connu le bonheur d’être le finaliste d’un concours de nouvelles, j’écris vraiment très régulièrement.
L.S.A:
Vous préférez écrire des textes courts (nouvelles…) ou plutôt des romans ?
T.S:
J’aime les deux ! Et je ne peux choisir ! Je m’explique: l’approche est totalement différente et c’est justement cette différence qui me plaît. L’écriture d’une nouvelle se veut plus spontanée. Les événements et les rebondissements se déroulent rapidement, les personnages sont limités et la chute se doit d’être à contre-pied pour surprendre le lecteur. En fait lorsque je travaille sur un roman, il m’arrive de « saturer », de ressentir une certaine lassitude qui affecte mon inspiration, ou du moins, qui me gêne. Ceci est très subjectif. Je délaisse alors mon roman pour écrire une ou plusieurs nouvelles. Ce passage du roman à la nouvelle me permet de m’oxygéner le cerveau ; un peu comme une grande ballade en forêt ! On peut considérer que la nouvelle est mon palliatif d’écriture, que j’aborde comme une détente qui parfois peut devenir ludique. Le roman est plus construit , forcément plus compliqué et donne lieu à pas mal de réflexions, de modifications, de relectures et de réécritures. Parfois des recherches sont nécessaires pour étoffer un chapitre ou tout simplement pour ne pas écrire de bêtises ! Mais tout cela compte dans l ‘élaboration d’un roman et en fait l’essence même. Enfin, lorsque j’écris un roman, je m’imprègne tellement de mes personnages que mon proche entourage me demande, non sans une certaine espièglerie, s’ils ne vivent pas à la maison !
L.S.A:
Quel genre, au contraire, n’est pas votre tasse de thé ?
T.S:
J’ai du mal avec les contes et encore plus avec les contes féodaux. J’ai essayé à plusieurs reprises dans le cadre de concours de nouvelles, je n’y arrive pas.
L.S.A:
Votre auteur classique préféré ? Pourquoi ?T.S:
Charles Baudelaire. C’est grâce à lui et à ses Fleurs du mal que j’ai découvert la poésie qui s’écrit avec « les tripes » et du coup, de nombreux poètes de son époque. Pour la petite histoire, je collectionne les publications des Fleurs du mal dans toutes les éditions et rééditions.
L.S.A:
Votre auteur contemporain préféré ? Pourquoi ?T.S:
Didier Van Cauwelaert. Cet auteur précoce (il a envoyé son premier manuscrit à 11 ans !) a un style d’écriture et de construction qui me subjuguent et qui, à chaque nouveau livre, me remplissent de joie et d’amertume ! L’amertume de ne pas avoir son talent ! C’est face aux grands que l’on se reconnaît petit… Son maniement de l’intrigue est inégalé à mon avis pour un contemporain. J’ai lu toute son œuvre, jusqu’aux pièces de théâtre, et je reprends souvent un de ses bouquins.
L.S.A:
Certains auteurs avaient parfois de drôles d’habitude d’écriture (diurne, dans le froid, isolé…). Et vous, quelles sont les conditions et / ou le moment idéal pour écrire Avez-vous de drôles d’habitudes ?
T.S:
Je ne suis pas un phénomène de ce côté-là. J’écris le soir, parfois la nuit, mais aussi en journée. Je m’adapte en fonction mon l’emploi du temps. Ma préférence étant de commencer à écrire tôt le matin, lorsque je sais que je pourrai consacrer six heures d’affilée à mon clavier. J’écris au calme, sur une vieille table en bois avec bien souvent un disque de musique classique en sourdine et toujours mon fidèle Petit Robert à portée de main.L.S.A:
Écrire, une envie ou un besoin ?T.S:
Une addiction.
L.S.A:
Connaissez-vous l’angoisse de la page blanche ?T.S:
Non, pas vraiment. Je connais surtout l’horreur de la relecture à posteriori qui me révèle que j’ai rédigé un passage vraiment trop nul.
L.S.A:
Vous avez d’autres projets d’écriture: un nouveau roman et un recueil de nouvelles, pourriez-vous nous en dire plus ?T.S:
Mon prochain roman est en cours de rédaction et, de fait, encore loin des problèmes d’édition et date de sortie. Je peux vous révéler qu’il s’agira d’un roman qui traite en filigrane d’un problème de société qui touche ces peuples, déchirés mais survivants de la guerre, qui perdent leur état civil et avec, leur identité humaine. Sous couvert de purification ethnique, les despotes contemporains chassent de leurs terres, de leurs pays, des populations entières qui se réfugient de pays en pays, à la recherche de papiers, de travail, à la recherche de la vie.
L.S.A:
Un conseil à donner à nos auteurs ?T.S:
Lire toujours et encore. Ne pas s’autocensurer mais ne pas parler de soi dans un bouquin. Penser aux lecteurs. Faire lire ses textes AUSSI à des personnes hors de l’entourage proche; par les Serviteurs d’Apollon par exemple! Mais surtout: écrire, écrire, écrire…
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3. Claire Gaudin Le 01/04/2009 à 10:59
2. MURENA Le 26/03/2009 à 15:31
1. Ludo Le 18/03/2009 à 10:38
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